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ADÈLE GOLDBERG, une autre pionnière « oubliée » de l’univers de l’informatique

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Docteure en sciences de l’information, mathématicienne maintenant femme d’affaires à la retraite… ou presque, Adèle Goldberg a joué un rôle de pionnière dans le développement de l’ingénierie logicielle moderne.

Plus précisément, elle a initié l’usage de la programmation orientée objet et a codéveloppé le logiciel Smalltalk-80, modèle ayant servi à la création des produits Apple/Mcintosh.

À ce jour, trop peu de « redevances intellectuelles » lui ont été octroyées pour ses innovations accolées à la révolution de l’ingénierie logicielle des années 1970-80. Les nouveaux produits qui envahirent le marché la décennie suivante – Java, C++, Ruby et bien d’autres tout récent – sont des tributaires élogieux. 

Tout a commencé alors que cette scientifique pluridisciplinaire était responsable du laboratoire Systems Concepts du centre de recherche Xerox PARC. Elle y a développé et codéveloppé différents modèles de conception orientée objet, précurseurs de ceux couramment utilisés dans la technologie des logiciels.

Le langage Smalltalk-80 fut la plus célèbre de ses coréalisations en collaboration avec Alan C. Kay, ingénieur informatique, et son équipe. Partenaires chez Xerox PARC, elle et lui seront à la recherche de solutions innovantes dans cet univers expérimental unique.

Cette technologie avait pour but de prototyper l’interface des produits logiciels de Xerox – fenêtres, icônes, menus, pointeurs (WIMP). Très vite, ce genre de programmation fut récupéré par des compétiteurs et devint la pierre angulaire des interfaces graphiques. Le format novateur du système était non seulement très simple mais offrait la fonction d’interchangeabilité, c’est-à-dire tout objet étant transférable d’une application à une autre en parfaite convivialité.

On rapporte que, sous les ordres non négociables de ses supérieurs, elle fut obligée de faire une démonstration élaborée, à Steve Jobs et son équipe, du système Smalltalk incluant l’interface graphique pilotée par la souris. Elle a d’ailleurs confirmé cette épisode assez dramatique de 1979 dans ses entrevues et ses écrits en soulignant que jamais la décision de « céder l’évier de la cuisine » (give away the kitchen sink) fut la sienne. Tel qu’elle en avait averti ses patrons, on a retrouvé les éléments du système dans les implémentations et l’environnement du premier modèle Macintosh de Apple.

Également, Adèle Goldberg a écrit la plupart des documents techniques et manuels d’utilisation de Smalltalk-80. Certains le furent en collaboration, mais on précise qu’elle assura la qualité de contenu des rééditions subséquentes.

Mais sa collaboration d’écriture la plus remarquable et commentée fut avec son collègue A. Kay. Ensemble, ils ont publié des articles présentant les modèles futuristes incontournables sur les médias d’information. L’un titré – Personal Dynamic Media (mars 1977) – fut consacré « article choc ».  Parce que, pour la première fois, on y prédisait l’arrivée de l’ordinateur portable le décrivant comme outil clé grand public dédié à l’échange d’informations, à la modification et à la redistribution des médias personnels.

Elle et Kay ont démontré, selon certaines observations recueillies, une imagination et une audace rappelant la vision du Dynabook du début des années 1970. On rapporte que la conception du projet aurait été élaborée presque dans son entièreté lors d’une rencontre impromptue. Toutes les mécaniques et fonctionnalités spécifiques du futur ordi portable furent soupesées et notées : les outils de gestion, les méthodes et les mises au point. Ces modèles restent des influents majeurs dans la programmation orientée objet actuelle.

Au delà des effets magiques de symbiose entre ces deux scientifiques, le choix professionnel de Kay l’a bousculée lorsqu’il s’est joint à l’équipe de S. Jobs. Cela s’est ajouté à l’expérience pénible où elle avait dû divulguer les originalités de Smalltalk au patron éventuel de son collègue. Ces perturbations internes l’ont amenée à redéfinir son propre avenir professionnel chez Xerox PARC qu’elle quittera au milieu des années 1980.

Très vite, elle se métamorphose en femme d’affaires et se trace une place de choix dans l’industrie de l’informatique et de l’ingénierie du logiciel et ce, à l’échelle internationale. 

Cette notoriété s’acquiert particulièrement via la cofondation de deux sociétés de services en ingénierie logicielle : ParcPlace-Digitalk, spécialisée dans le développement des applications Smalltalk et quelques années plus tard, Neometron, Inc., conseil en assistance Internet.

Elle a pu travailler étroitement avec des équipes de fabrication de médicaments, de programmes de recherche internationaux et des technologies éducatives sollicitant la programmation orientée objet.

Parallèlement, elle conçoit des cours sur l’informatique et les sciences de l’information. Elle en donne l’enseignement dans les collèges communautaires tant aux États-Unis qu’à l’étranger. Ses cours seront intégrés dans les programmes éducatifs de plusieurs de ces institutions.

Elle a été présente sur des conseils d’administration notamment celui de Cognito Learning Media, fournisseur de logiciels multimédia pour l’enseignement des sciences dont elle a assumé la présidence pendant quelques années.  

Adèle Goldberg a été une pionnière et une innovante exceptionnelle dans la belle aventure du  développement de l’ingénierie logicielle moderne et l’industrie de la programmation orientée objet.  Ses inventions et coinventions, son souci de vulgarisation et de transmission du savoir nouveau auprès de tous les publics lui donnent un statut peu ordinaire dans la grande famille informatique. 

Computer History Museum lui rend hommage en conservant une collection de ses documents de travail, rapports, publications et vidéos de ses cours et entrevues. 

 

 

 

 

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